Une sécurité publique
assise sur la justice sociale

La Sécurité, mais dans quelle réalité ?

Nous ne pouvons restreindre la question de la sécurité à Lyon à la seule gestion des forces de police nationale ou municipale, à leurs équipements ou à l’environnement urbain (prévention situationnelle). Comment demander à des services aux effectifs insuffisants, aux moyens restreints ou réduits, de faire des miracles, quand une logique folle d’austérité abaisse constamment le niveau de vie des populations ? Ce que ne disent pas les nombreux chantres du discours sécuritaire, c’est qu’il n’y a pas de climat de sécurité sans justice sociale fonctionnelle.

Une vraie politique de sécurité publique se construit donc en amont, avec des élus dévoués à l’intérêt général et non au service de quelques nébuleuses d’intérêts privés, ces réseaux affairistes si favorisés par les projets de la Confluence, de la Part-Dieu, de l’Hôtel-Dieu, etc. Ces dérives locales constatées en nombre résultent d’un désengagement de plus en plus important de l’État, joliment nommé décentralisation. L’effet pervers, dans le domaine de la sécurité, fut de pousser les grandes municipalités à y suppléer, par la création à leurs frais de polices municipales. À Lyon notamment, ville la mieux fournie après Paris. Loin de fustiger ce service et ses fonctionnaires, le problème est de savoir jusqu’où ira ce transfert, et donc le retrait de la police nationale, seule à même de coordonner l’action judiciaire contre des réseaux nationaux ou internationaux. Autrement dit, quand donc la « raison budgétaire » cessera d’être la raison d’État (sic) ? C’est d’ailleurs ce que doivent se demander les compagnies CRS de Sainte-Foy, sauvées en 2011 mais toujours inquiètes et à juste titre. Car dans le contexte d’une crise systémique niée nationalement et tue localement, c’est l’enterrement du service public, et donc de la République, qu’il faut voir et combattre.

Qu’imagine-t-on, au niveau local ? Que les privilégiés pourront tenter de se bunkériser, les autres s‘armant de patience, ou s’armant tout court ? Allons-nous nous rassurer en appliquant le modèle nord ou sud-américain, où des quartiers résidentiels chics se paient des milices privées ? Comme si la loi de la jungle affairiste préservait à terme de la jungle urbaine ! Les moyens privés et municipaux ne suffisent pas pour enrayer les délinquances nationales et internationales. De plus avec l’accroissement de l’injustice sociale, le terrain devient fertile pour de nouvelles tensions locales – radicalisation de la délinquance, repli communautariste, extrémisme pseudo-religieux – toutes néfastes à l’ordre public.

Signe précurseur de ces tensions, le problème dit « des Roms ». Ce n’est pas là un problème en soi, mais au contraire le symptôme d’un mal insidieux, l’idéologie ultra-libérale des dirigeants européens, qui favorise un cercle vicieux pour les pays et les peuples. Ainsi la dérégulation économique et frontalière a stimulé d’une part la « délocalisation » (relocalisation de l’outil productif dans des bassins d’emplois à bas coût), d’autre part l’immigration économique forcée (relocalisation de populations précaires dans des bassins d’aides sociales). Le tout parasité par des réseaux maffieux profitant de ces grandes marées et reflux dérégulés.

Soyons réalistes : il n’y a aucune solution à ces tensions à l’échelle locale, fut-elle celle d’une euro-métropole rêvée. Lyon a beau multiplier les partenariats et les conférences sur la sécurité avec les autres grands centres régionaux européens, de Barcelone à Francfort, seuls le développement économique réel et l’accroissement général du niveau de vie apaiseront ces tensions grandissantes et criminogènes. Ceci ne se fera qu’en ouvrant réellement le débat sur la finance folle – ses centres névralgiques de la City et de Wall Street, ses paradisiaques relais fiscaux, son ingérence dans la gouvernance, son lobbying anti-social, etc. Car poser ainsi le débat c’est enfin lancer le combat, global, national et local. Et à ce point de démission des élites, cela commence par le local ! Prenez donc connaissance de notre projet d’ensemble au plus tôt, pour que vos choix locaux s’inscrivent dans une stratégie générale contre la prédation financière. Car cette dernière est aussi éloignée de la fonction bancaire réelle – l’investissement productif à long terme – que Tartuffe l’est de l’Abbé Pierre.

Une fois l’environnement transformé,
transformer la sécurité

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Celui qui cherchera à défendre l’efficacité de la vidéo-surveillance, en sera – comme le contribuable – pour ses frais. Aucun rapport n’a prouvé son efficacité ! Si elle aide à résoudre quelques affaires à posteriori, elle rencontre la même limite que toute autre initiative sécuritaire : la limite de son cycle de vie, due aux parades employées par la délinquance. A commencer par le repli sur d’autres terrains. Or quand bien même un crédit exceptionnel s’ouvrirait pour mettre des caméras partout, qui traiterait tant d’informations ? De plus la caméra prouve particulièrement sa valeur dans l’encadrement, voire l’étouffement de manifestations. De là à faire croire que tout manifestant est un délinquant…

Stoppons donc net ces dépenses, privilégions l’interaction humaine ! Et pas seulement pour la répression. Nous devons massivement développer une culture policière au service des gens, suivant le modèle des pays nordiques. Nombre d’experts soulignent la tradition policière française, entre autre napoléonienne, qui tend à sécuriser les institutions et les biens, ou au mieux la baronnie locale. Le droit et la Constitution française doivent être les piliers des pouvoirs de police – n’en déplaise à certains féodalistes nationaux ou locaux qui en oublient la loi et le bien public, comme on a vu à la BAC de Marseille ou dans l’affaire Neyret à Lyon.

L’échelon local, de par l’enracinement qu’il implique, semble un point de départ logique pour entreprendre ce virage. Mais ce dernier ne sera possible que dans un climat de justice sociale : élévateur et non descendeur social, emploi qualifié et de qualité, dignité du logement et des loisirs, etc. Dans un tel contexte, que Lyon peut contribuer à établir par un vœu municipal exigeant une loi de stricte séparation bancaire, les policiers auront non seulement le cœur, mais enfin des moyens pour construire cette police non seulement de proximité, mais aussi dans l’esprit de service public, au contact des citoyens, favorisant la prévention. C’est cette vision innovante, avec les moyens qu’elle demande, qui peut chasser le lourd climat actuel, fait de défiance et de suspicion.

Police_pompier_325Une telle transition doit être à double-sens. Elle ne sera possible que si le public sort d’une vision souvent imméritée du policier pris comme une gêne ou un archaïsme – comme l’enseignant, cet autre métier victime d’une mode anti-fonction publique. La municipalité devra donc mettre en place, au collège et au lycée, des sessions de découverte civique des services d’urgence : police, pompiers, urgences médicales. Sessions ni ponctuelles ni anecdotiques, mais réactualisées chaque année, avec intervenants motivés, vidéos et ateliers (premiers secours). L’expérience vivante du dévouement au public, au-delà de susciter des vocations, établira dans les esprits le lien entre des actes impulsifs et leurs conséquences. Il serait même bon d’élargir ces programmes, par groupe restreint de 10 ou 12 jeunes, aux métiers sollicités par la suite au tribunal, en préfecture, en mairie… Ainsi donnera-t-on aux jeunes la chance de côtoyer et peut-être de s’approprier l’étincelle nécessaire au bien commun, celle du service public à autrui, dans les métiers et institutions dont une République a besoin. Alors la politique municipale liera prévention et éducation, instruisant non seulement des enfants, mais formant des citoyens responsables, garants d’un vouloir vivre en commun, et donc d’une vraie sécurité publique.

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